Tenir un carnet de croquis : le journal visuel intime

Tenir un carnet de croquis - journal visuel intime, premier carnet posé sur la table

Bienvenue sur Dessiner Ensemble ! Je suis ravie de vous accueillir dans cet espace pour apprendre à dessiner quelque soit votre niveau. Pour vous remercier de votre visite, je vous offre un challenge de 5 jours pour booster votre créativité tout en maîtrisant les bases du dessin.

Table des matières

Les planches, images et photos ici présentent sont reproduites à des fins pédagogiques et analytiques dans le cadre de l’article L122-5 du Code de la propriété intellectuelle. L’image est accompagnée d’un commentaire critique et ne vise aucune exploitation commerciale du travail de l’auteur. 

LE BLOG – DESSINER ENSEMBLE

# Tenir un carnet de croquis : le journal visuel qu’on relit autrement

Un carnet de croquis n’est pas un livre d’images. Ce n’est pas non plus un journal au sens classique — il y manque les mots, ou ils n’arrivent qu’en marge.

C’est autre chose. Un objet hybride, intime, qui condense ce que les autres formats ne savent pas garder. Une photo enregistre, un texte raconte. Le carnet, lui, retient — une attention, un instant, une présence à un endroit précis.

Tenir un carnet sur trois ans, c’est une pratique qui change la relation au quotidien. Pas le travail des dessins eux-mêmes — le travail invisible que font les pages au fil des mois.

Tenir un carnet de croquis - journal visuel intime, premier carnet posé sur la table
Un carnet rempli mois après mois. Un objet qu’on ne montre pas — et qu’on ne jette plus.

Ce qu’un carnet n’est pas

Premier malentendu à évacuer : le carnet de croquis n’est pas une galerie. Il n’a pas vocation à être montré — et c’est ce qui le distingue de toute production destinée à un regard extérieur.

Quand un débutant ouvre son premier carnet en se disant « il faut que ce soit beau », il ferme la possibilité d’y travailler. La page devient un enjeu, le geste hésite, le dessin tourne au pastiche d’un dessin qu’on aurait « voulu faire ».

Un carnet vivant est un brouillon permanent. Il contient des réussites, des échecs, des essais avortés, des taches d’encre. Il n’est pas censuré parce que personne d’autre que vous ne le lira.

La culture du carnet

Joann Sfar publie ses carnets — mais ce n’est pas la règle générale. Nombre de dessinateurs sérieux gardent les leurs pour eux : cette intimité n’est pas un secret jaloux, c’est une condition technique. Sans le huis clos du carnet, le dessin perd la liberté qui le rend formateur.

Tenir un carnet de croquis - brouillon permanent au crayon HB sur papier crème
Un carnet vivant est un brouillon permanent. Personne d’autre que vous ne le lira.

Ce qu’un carnet contient vraiment

Après six mois de pratique régulière, un carnet de croquis ressemble à ceci.

Des sujets, beaucoup d’objets

Pas seulement des paysages, des portraits, des sujets « nobles ». Une tasse, une chaussure, le carrelage de la salle de bains, le reflet dans la fenêtre. La banalité quotidienne occupe la majeure partie. Et c’est cette banalité qui, relue trois ans plus tard, restitue le mieux le moment.

Des annotations en marge

Date, lieu, heure — systématiquement. Mais aussi parfois une phrase entendue, une couleur notée, une pensée passagère. Ces annotations sont les passages que les mots tracent en complément du dessin. Elles densifient le carnet sans l’alourdir.

Des tentatives non finies

Beaucoup de dessins commencés, abandonnés en cours, repris ailleurs. Le carnet est un lieu d’essais. Cet inachèvement assumé distingue le carnet de l’œuvre. Aucun dessin n’a à être terminé — certains sont juste des pistes ouvertes.

Des collages, parfois

Une fleur séchée. Un ticket de métro. Une étiquette décollée. Le carnet accepte cette mixité — il devient un objet plus que graphique, presque archéologique.


Comment commencer un premier carnet

Trois principes simples, qui évitent les abandons des premières semaines.

Un seul carnet à la fois

L’erreur classique consiste à en ouvrir trois — un pour les portraits, un pour les paysages, un pour les essais. Cette spécialisation tue la pratique. Un seul carnet, qui contient tout. La diversité des sujets sur les mêmes pages n’est pas un défaut — c’est ce qui fait la richesse de l’archive.

Le format A5, dos cousu, papier 90-100 g/m²

Les mêmes recommandations que pour le croquis sur le vif. Le A5 cousu se transporte partout, accepte le crayon comme l’encre, ne gondole pas avec un lavis léger. Un Hahnemühle Nostalgie ou un Stillman & Birn Alpha font très bien le travail.

Pas de première page solennelle

L’erreur ultime : commencer un carnet par « le grand premier dessin » qui doit « poser le ton ». Cette page reste blanche pendant des semaines, et le carnet entier s’ankylose autour. Solution : commencer la deuxième ou troisième page — sans intention. La première page se remplira plus tard, ou pas. Aucune importance.

Tenir un carnet de croquis - format A5 cousu papier 90 g/m² méthode débutant
Un seul carnet, A5 cousu, 90 g/m². La spécialisation en plusieurs carnets tue la pratique.

Le carnet relu trois ans après

L’effet le plus durable du carnet n’apparaît pas pendant qu’on le tient. Il apparaît quand on relit un carnet fermé depuis longtemps.

À cette étape, le carnet redevient un objet vivant. Chaque page rejoue un moment — pas l’image du moment, mais sa présence. Une page de portraits dans un café ramène la conversation entendue ce jour-là. Un croquis d’arbre fait revivre la lumière du dimanche d’octobre. Une page de motifs urbains restitue le voyage de Berlin sans avoir besoin d’un seul mot.

Cette restitution est plus précise que la photo. Elle est aussi plus fragile — un carnet perdu n’est pas un fichier qu’on retélécharge. C’est cette fragilité qui le rend précieux. La rareté du support, la matérialité du papier, l’objet qui s’use et se patine — tout cela crée une mémoire que les fichiers numériques n’inscrivent pas avec la même densité.


Tenir au-delà des premières semaines

La méthode Dessiner Ensemble accompagne les adultes débutants — étape par étape, dix minutes par jour, sans pression et sans présupposer de talent. Trois cours sont disponibles aujourd’hui : le trait, le volume, les arbres. L’autorisation de prendre place sur la page est ce que peu de méthodes osent rendre.

Le geste, retrouvé pas à pas.

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Un carnet est-il un journal, ou autre chose ?

Un journal classique raconte. Un carnet de croquis montre — et tait. Cette différence est plus qu’une question de format.

Un journal écrit accumule des phrases. Au bout d’un an, on a un livre. Le carnet de croquis accumule des observations. Au bout d’un an, on a une archive d’attentions — des moments où on a regardé vraiment quelque chose pendant dix minutes.

Cette différence change la nature de la mémoire produite. Le journal raconte une histoire (avec ses simplifications). Le carnet ne raconte rien — il témoigne. Il dit j’étais là, j’ai regardé ce visage, cette tasse, ce mur — sans interprétation.

Reste cette question, peut-être la plus intéressante : un carnet est-il un objet personnel, ou un dispositif d’attention ? Sa fonction la plus profonde est sans doute la deuxième. Le carnet n’enregistre pas — il oblige à regarder, à ralentir, à poser dix minutes là où la journée défile. Ce qu’il garde sur la page n’est qu’un sous-produit du temps qu’il a fait passer autrement.


📍 Point de repère

Pas besoin d’être spécialiste pour s’appuyer sur ceux qui ont fait du carnet une pratique centrale. Trois noms, trois approches différentes de la même idée.

  • Joann Sfar — le carnet tenu et publié comme pratique quotidienne : la vie dessinée au jour le jour, sans filtre. → Carnets.
  • Peter Beard — le carnet-collage, dimension d’archive intime : photos, coupures, annotations superposées, l’objet comme mémoire matérielle.
  • Dan Price — le carnet visuel du quotidien, pour soi : une invitation à documenter la vie ordinaire sans ambition d’exposition. → How to Make a Journal of Your Life (1999).

Pour aller plus loin


FAQ

Quel carnet acheter pour débuter ? A5 cousu, 90-100 g/m², neutre. Hahnemühle Nostalgie, Stillman & Birn Alpha, Moleskine Watercolor sont trois options solides en entrée de gamme. Éviter les carnets à reliure spirale (le dos plie et gêne la pratique) et les papiers crèmes satinés (mauvaise tenue de l’encre).

Faut-il dater chaque page ? Oui, systématiquement. Date, lieu, heure en marge ou au coin. Cela ne prend que dix secondes par dessin et transforme le carnet en archive utile. Trois ans plus tard, c’est cette information qui permet de retrouver le moment.

Combien de temps avant de remplir un premier carnet ? À raison de dix minutes par jour, six mois pour un A5 de 80 pages. Plus court si vous variez (croquis sur le vif vingt minutes le week-end, exercices courts en semaine). Les premiers carnets sont les plus intéressants à relire ensuite — ils contiennent les étapes invisibles de la progression.


Raphaël Ibarra Architecte et illustrateur, fondateur de Dessiner Ensemble

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