Bienvenue sur Dessiner Ensemble ! Je suis ravie de vous accueillir dans cet espace pour apprendre à dessiner quelque soit votre niveau. Pour vous remercier de votre visite, je vous offre un challenge de 5 jours pour booster votre créativité tout en maîtrisant les bases du dessin.
Les planches, images et photos ici présentent sont reproduites à des fins pédagogiques et analytiques dans le cadre de l’article L122-5 du Code de la propriété intellectuelle. L’image est accompagnée d’un commentaire critique et ne vise aucune exploitation commerciale du travail de l’auteur.
LE BLOG – DESSINER ENSEMBLE
# Le croquis, outil photographique : capturer l’instant autrement qu’avec un appareil
Un appareil photo capture une image. Un carnet de croquis capture une attention. Ce n’est pas la même chose, et la différence se mesure à long terme.
Quand on retrouve une photo prise il y a cinq ans, on revoit l’image — rarement les sensations. Quand on retrouve un croquis du même moment, c’est l’inverse : on retrouve d’abord ce qu’on regardait, ce qu’on entendait autour, l’odeur du café, la conversation à la table d’à côté. Le dessin a stocké un instant, pas une image.
Cette propriété tient à une chose simple : un croquis prend du temps. Dix minutes, vingt minutes, parfois plus. Pendant ce temps, on n’est qu’à un seul endroit — celui qu’on dessine. La photo, elle, ne demande qu’un dixième de seconde.
Un carnet ouvert dix minutes. La photo n’aurait pas gardé ce qu’on a observé.
Pourquoi le croquis garde ce que la photo perd
Une photo enregistre un cadre lumineux. Elle ne sait pas hiérarchiser. Tout ce qui est dans l’image y figure avec la même importance — le passant à l’arrière-plan a autant d’existence que le visage du proche en avant-plan.
Un croquis fait le contraire. Il sélectionne. Il garde la silhouette d’un visage, omet le décor entier ou le suggère en trois traits. Cette sélection ressemble à la manière dont la mémoire fonctionne — elle aussi simplifie, elle aussi privilégie.
C’est pourquoi un croquis ressemble plus à un souvenir qu’à une image. Il a déjà fait le travail de la mémoire, sur place, en posant le trait.
Joann Sfar et le carnet permanent
Sfar a souvent évoqué son carnet comme un outil de mémoire visuelle du quotidien — une façon de voir et de fixer ce que l’œil traverserait autrement sans s’arrêter. Il dessine partout — dans le métro, au café, en réunion — et ses carnets, archivés par dizaines, lui servent de mémoire visuelle. On y retrouve, des années après, des moments oubliés, intacts, parce que le geste de dessin les a fixés.
Un croquis quotidien. La photo n’aurait pas gardé le temps qu’on lui a donné.
Le carnet, format et choix
Le matériel du croquis sur le vif obéit à deux contraintes : être toujours sur soi, et résister à la pratique nomade. D’où trois choix concrets.
Format A5, cousu, dos rond
Le A5 (148 × 210 mm) tient dans une poche de manteau, un sac à dos, un sac à main. Plus petit, on dessine trop serré. Plus grand, on n’emporte plus le carnet. Le dos cousu (pas spirale) garantit qu’on peut dessiner sur les deux pages à plat — utile pour un panorama qui dépasse une seule page.
Papier 90-100 g/m², neutre
Pas de papier crème satiné — il accepte mal l’encre. Un papier blanc légèrement texturé, en 90 ou 100 g/m², encaisse le crayon, le stylo à encre, et même un lavis léger. Le Moleskine « Watercolor » fait ce travail honnêtement, mais pas mieux qu’un carnet Hahnemühle ou Stillman & Birn premier prix.
Crayon ou stylo ?
Pour le croquis sur le vif, un stylo à encre noire (gel ou plume japonaise) est souvent plus efficace qu’un crayon. Pourquoi : le stylo n’autorise pas la gomme, donc force à poser le trait, donc accélère la prise de décision. C’est exactement ce qu’on cherche en croquis — de la décision, pas de la perfection.
Trois habitudes pour un carnet vivant
Avoir un carnet ne suffit pas. La plupart des carnets achetés par les débutants restent presque vierges — non par manque de motivation, mais par manque de cadre.
Le rituel de l’heure fixe
Pas dix minutes « quand j’aurai le temps ». Dix minutes à une heure précise. Au café du matin, dans la salle d’attente du médecin, dans le métro de retour. Cette heure fixe transforme la pratique de « effort de volonté » en « automatisme ».
Un sujet visible, pas mémorisé
Toujours dessiner ce qu’on a sous les yeux. Pas un souvenir, pas un fantasme — l’objet présent. La fenêtre. La tasse. Le visage en face. Cette règle simple disqualifie 90 % des blocages liés à « je ne sais pas quoi dessiner ».
Date, lieu, heure — en marge
Trois informations en marge de chaque dessin : date, lieu, heure. « 3 mai, café Tournesol, 8 h 17. » Cette habitude, anodine au départ, transforme le carnet en archive utile. Trois ans plus tard, en feuilletant, le rappel est total.
Date, lieu, heure en marge. Le carnet devient une archive utile, pas un objet décoratif.
Le croquis comme outil de mémoire active
Au bout de six mois de pratique régulière, le carnet change de fonction. Il devient une mémoire active — pas un livre d’images.
On le rouvrira pour retrouver ce qu’on avait observé lors d’un voyage, d’un rendez-vous, d’un moment particulier. Et à chaque ouverture, le souvenir reviendra plus intact qu’avec une photo. Pas plus précis — plus vrai.
Cette différence qualitative explique pourquoi les architectes, les paysagistes, les naturalistes continuent de tenir des carnets à l’ère du smartphone. Ce n’est pas une nostalgie. C’est une fonction cognitive spécifique : le dessin grave dans la mémoire ce que la photo se contente d’archiver.
Tenir au-delà des premières semaines
La méthode Dessiner Ensemble accompagne les adultes débutants — étape par étape, dix minutes par jour, sans pression et sans présupposer de talent. Trois cours sont disponibles aujourd’hui : le trait, le volume, les arbres. L’autorisation de prendre place sur la page est ce que peu de méthodes osent rendre.
Photographier ou dessiner : qu’est-ce qu’on garde, vraiment ?
La photo capture en un dixième de seconde. Le croquis demande dix minutes. Cette différence n’est pas une lenteur — c’est un choix.
En dix minutes, on a regardé le sujet plus attentivement qu’on ne l’a probablement jamais fait. On a remarqué la position d’un coude, l’angle d’une lumière, le motif d’un tissu. Ces détails ne se cherchent pas — ils apparaissent parce qu’on a pris le temps de regarder.
Cette attention prolongée a un effet rare : elle inscrit la scène dans une autre couche de mémoire. Pas la mémoire visuelle (que la photo enregistre très bien), mais la mémoire incarnée, celle des gestes et des sensations qui entourent l’observation.
Reste cette question, valable pour qui hésite entre l’appareil et le carnet : voulez-vous garder l’image, ou garder l’attention que vous avez portée à la scène ? Ce sont deux opérations différentes, et aucune des deux n’est supérieure à l’autre. Mais elles ne produisent pas la même mémoire.
📍 Point de repère
Pas besoin d’être spécialiste de ces auteurs pour profiter de leurs idées — les trois textes cités ici se lisent comme des prolongements naturels de ce qu’on vient de traverser.
Susan Sontag — ce que la photographie capture d’un instant, et ce qu’elle nous fait paradoxalement cesser de regarder vraiment. → Sur la photographie (1977).
John Berger — dessiner est un acte de mémoire et d’attention : le geste oblige à voir ce qu’un coup d’œil ordinaire laisse passer. → Sur le dessin.
Joann Sfar — le carnet comme mémoire visuelle du quotidien : tenir un carnet, c’est choisir de ne pas laisser le temps effacer ce qu’on a vécu. → Carnets.
Quel format de carnet pour débuter le croquis ? A5 cousu, dos rond, papier 90-100 g/m². Le format A5 est le compromis idéal entre portabilité et espace de dessin. Un Moleskine, un Hahnemühle, un Stillman & Birn premier prix font très bien le travail. Éviter les carnets à reliure spirale — le dos plié gênera la pratique en double page.
Crayon ou stylo à encre pour le croquis sur le vif ? Le stylo, dans la grande majorité des cas. Il interdit la gomme et force la décision. Pour débuter : un Pilot G-Tec C4 (gel fin), une plume japonaise Sailor Fude, ou un Pigma Micron 02. Le crayon HB reste utile pour les sujets où la mesure et l’esquisse comptent (architecture, portrait posé).
Combien de temps pour un croquis sur le vif ? Cinq à vingt minutes. Au-delà, le sujet bouge ou la concentration baisse. Pour un débutant, viser dix minutes par dessin est idéal — assez court pour ne pas s’épuiser, assez long pour sélectionner ce qui compte dans la scène.
Raphaël IbarraArchitecte et illustrateur, fondateur de Dessiner Ensemble
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