Comment se remettre au dessin après une longue pause
Bienvenue sur Dessiner Ensemble ! Je suis ravie de vous accueillir dans cet espace pour apprendre à dessiner quelque soit votre niveau. Pour vous remercier de votre visite, je vous offre un challenge de 5 jours pour booster votre créativité tout en maîtrisant les bases du dessin.
Les planches, images et photos ici présentent sont reproduites à des fins pédagogiques et analytiques dans le cadre de l’article L122-5 du Code de la propriété intellectuelle. L’image est accompagnée d’un commentaire critique et ne vise aucune exploitation commerciale du travail de l’auteur.
Vous avez dessiné enfant. Peut-être adolescent. Et puis la vie s’est mise à demander autre chose. Les études, le travail, les enfants, le temps qui ne s’étire plus dans le sens des envies. Le carnet a fini dans un tiroir, puis dans un carton, puis dans un grenier qu’on ne visite plus.
Vingt ans plus tard, l’envie revient. Discrète d’abord. Puis tenace.
Ce qui se passe à ce moment-là — devant une feuille blanche, un crayon retrouvé, une hésitation muette — vaut la peine d’être regardé. Parce que la difficulté n’est pas où l’on croit.
Le moment de la reprise se joue rarement à l’instant qu’on imagine.
Ce que vous croyez avoir oublié, et ce que vous avez vraiment perdu
Première erreur fréquente : penser qu’on a « tout oublié ». Le geste du dessin n’est pas un savoir qu’on stocke en mémoire. C’est une coordination main-œil. Comme tenir un volant. Comme tracer un rond sur un tableau. Cette coordination ne s’efface pas — elle s’endort. Une dizaine de séances suffisent à la réveiller, parfois moins.
Ce que vous avez vraiment perdu, c’est autre chose. Vous avez perdu l’autorisation intérieure. La permission de dessiner mal au début. La permission de prendre du temps. La permission d’occuper de la place sur la page sans que ce soit immédiatement bien. Cette autorisation, l’enfant l’a sans la chercher. L’adulte, lui, doit la reconquérir.
C’est le seul vrai obstacle. Et c’est pour ça que la première fois est si difficile : vous ne reprenez pas un geste, vous reprenez une permission.
Ce que j’ai vu en enseignant le dessin à des enfants
Vers vingt ans, j’ai conçu un programme d’arts plastiques pour la MJC de Saint-Cloud. Sélectionné, mis en place, tenu pendant plusieurs saisons. J’ai aussi animé des ateliers au centre aéré Lucile Pucet, à Gentilly. Du carnet A5 aux fresques posées par terre sur des bâches, à hauteur d’enfant qui se met à genoux. Du 2D, du 3D, des séances libres.
Une chose m’a frappé tout de suite. Et elle ne m’a jamais quitté.
Les enfants ne se demandent pas quoi dessiner. Demandez-leur, ils dessinent. Leur maison. Leur famille. Le chien des voisins. Ce qu’ils ont vu hier dans la rue. Une scène inventée qui n’existe nulle part. La feuille n’est pas un obstacle — c’est un terrain. Plus elle est grande, plus ils l’occupent. À six ans, on dessine debout, sur une A1 au sol, parce que sinon il n’y a pas la place pour tout ce qu’on a à dire.
Avec les adultes, c’est l’inverse. Plus la feuille est grande, plus on a peur. On préfère un coin de carnet. On dessine petit, en bas à droite, comme pour s’excuser d’occuper l’espace. Le problème n’est pas la mémoire du geste. Le problème, c’est qu’on a appris à se censurer avant même de commencer.
Cette censure n’a pas de raison technique. Elle est sociale, scolaire, intériorisée. Elle se déconstruit — pas par le discours, par la pratique répétée.
« Plus on grandit, plus les feuilles sur lesquelles on dessine diminuent… » Capsule extraite du carnet de Raphaël Ibarra.
J’avais résumé ce constat dans une capsule, à un moment où j’essayais de comprendre ce qui se passait entre l’enfance et le bureau d’écran. La régression visuelle est quasi linéaire : grandes feuilles au sol, puis pupitre, puis cahier ligné, puis Post-it, puis écran. À chaque étape, l’espace de dessin rétrécit. Et avec lui, l’autorisation de prendre place.
Reprendre le dessin, ce n’est pas refaire le chemin technique de l’enfant. C’est reprendre la permission qu’on avait à six ans — sur une feuille un peu plus grande que ce qu’on s’autorise aujourd’hui.
Trois croyances qui tiennent les adultes à l’écart de la feuille
« J’ai tout oublié »
Inexact. Comme dit plus haut : la coordination revient en quelques séances. Ce qu’il faut réveiller, c’est l’autorisation, pas la technique. Une fois cette autorisation retrouvée, la main suit.
« Je n’ai jamais eu de don »
Le mot « don » est une fiction utile pour expliquer pourquoi certains progressent vite : ils ont commencé tôt, dessiné beaucoup, persisté longtemps. Ce qu’on appelle « don » se nomme plus précisément exposition précoce, motivation intrinsèque, persévérance. Aucune de ces trois choses n’est génétique. Toutes les trois se cultivent à l’âge adulte — différemment qu’à six ans, mais tout aussi efficacement.
« Je n’ai pas le temps »
L’argument paraît rationnel. Il ne l’est pas. Dessiner ne demande pas du temps long, ça demande du temps court répété. Dix minutes le matin avec un café. Quinze minutes dans une salle d’attente. Cinq minutes dans le métro. La somme cumulée d’un mois de pratique discontinue dépasse celle d’une journée entière de stage où l’on essaie de tout rattraper. Ce qui compte, c’est la régularité du contact avec le geste — pas l’intensité de la séance.
Ce qui change quand on remet le geste en route
Le carnet finit par se ranger sur le coin de table. Il devient une habitude, comme le café du matin.
Au bout de deux ou trois semaines de pratique régulière, quelque chose se déplace. Pas dans les dessins — dans le regard.
Vous remarquez la lumière qui passe entre deux immeubles à 18h. Vous voyez que l’arbre du parc penche légèrement vers la gauche. Vous percevez la masse d’un nuage avant sa forme. Le dessin réveille un sens visuel mis en sourdine par dix ans de scrolling et d’écrans. Les artistes parlent de « regarder activement » : c’est ça.
Ensuite vient le rythme. Dix minutes de croquis le matin changent la qualité d’attention de la journée entière. Pas par magie — par recalibrage. La main pose, l’œil suit, le cerveau ralentit. C’est une forme de concentration qui ressemble à la lecture longue ou à la marche : économique, profonde, productive d’autre chose qu’elle-même.
Enfin, la mémoire visuelle se renforce. Vous commencez à retenir des images au lieu de mots. Et un jour, en feuilletant un carnet d’il y a six mois, vous retrouvez intactes des sensations que vous aviez oubliées — la pluie d’un dimanche, le visage d’un voisin de train, la couleur d’un mur en fin d’après-midi. Le dessin devient un dispositif de mémoire, plus précis que la photo parce qu’il ne capture pas une image : il capture une attention.
Vous voulez vraiment vous y remettre ?
La méthode Dessiner Ensemble accompagne les adultes débutants — étape par étape, dix minutes par jour, sans pression et sans présupposer de talent. Trois cours sont disponibles aujourd’hui : le trait, le volume, les arbres. Ils sont faits pour redonner ce que peu de méthodes osent : l’autorisation de prendre place sur la page.
Le plaisir ? La concentration ? Une trace ? Une mémoire ? Un contact avec votre main qui ne soit pas un clavier ? Aucune de ces réponses n’est meilleure qu’une autre. Mais la nommer change la pratique : on ne dessine pas la même chose si l’on cherche la précision, la respiration ou la mémoire.
Qu’est-ce qui vous a empêché jusqu’ici ?
Le temps ? Le regard des autres ? Une expérience scolaire douloureuse — un commentaire de prof à 9 ans qui a tout fermé ? Une croyance sur « le don » ? Le matériel jamais acheté ? Identifier le blocage précis, c’est déjà commencer à le défaire.
Qu’êtes-vous prêt à faire dès aujourd’hui ?
Pas la semaine prochaine. Aujourd’hui. Cinq minutes. Un trait. Pas un beau trait — un trait. Le premier pas est minuscule, c’est ce qui le rend possible. La méthode commence là, pas après l’achat du carnet parfait.
Au fond, qu’est-ce qu’on cherche en redessinant ?
On peut redessiner pour le plaisir simple du geste. Pour reproduire ce qu’on a sous les yeux. Pour garder une trace de ce qu’on ne reverra plus. Pour mettre en avant un détail qui nous touche et que personne d’autre ne remarque. Pour comprendre, en posant le trait, ce qu’on n’arrivait pas à formuler avec les mots.
Aucune de ces raisons n’est plus juste qu’une autre. Elles cohabitent dans chaque carnet, chaque page, chaque trait posé.
Ce qui les relie, c’est une intuition discrète : le dessin n’est pas une production, c’est une présence. Une manière d’être au monde dix minutes par jour. Le résultat sur la page est secondaire. Ce qui se passe dans l’œil et dans la main, ce qui s’installe dans la mémoire, ce qui se réajuste dans le rapport au quotidien — c’est ça qui dure.
Reste une question, peut-être la seule à poser avant le premier trait :
Vous, qu’avez-vous à dire avec un trait ?
La réponse — quelle qu’elle soit — sera votre boussole. Elle décidera du carnet, de l’heure, du sujet, du rythme. Le reste suit.
📍 Point de repère
Pas besoin d’être spécialiste pour comprendre pourquoi la reprise est difficile. Trois auteurs l’ont regardé en face, chacun depuis un angle différent.
Philip Yenawine — le regard actif s’éduque à tout âge, et cette éducation change la façon d’observer le monde bien au-delà du dessin. → Visual Thinking Strategies (2013).
Ken Robinson — l’école éteint souvent la créativité par ses exigences de conformité ; la bonne nouvelle est qu’on peut la raviver, même bien après l’enfance. → conférence « Do Schools Kill Creativity? » (2006).
Betty Edwards — débloquer le dessin chez l’adulte passe moins par la technique que par un changement de mode de perception : passer du cerveau verbal au cerveau visuel. → Dessiner grâce au cerveau droit (1979).
Combien de temps avant de retrouver l’aisance d’avant ? Variable, mais sensiblement plus court qu’on ne pense. Trois à six semaines de pratique régulière (10 min/jour) pour la coordination main-œil. Pour l’autorisation intérieure — la permission de prendre place — c’est plus long, parfois plusieurs mois. C’est le vrai chantier.
Quel matériel pour commencer ? Un crayon HB. Un carnet à spirale ou cousu, A5 ou A4. Une gomme blanche. Pas plus. L’erreur classique consiste à acheter du matériel haut de gamme avant d’avoir une pratique. Vous ne saurez ce qu’il vous faut qu’en dessinant — pas avant.
Et si je me décourage au bout de deux semaines ? C’est attendu. Tout le monde ralentit autour de la deuxième semaine. C’est exactement le rôle d’une méthode : tenir au-delà de ce point d’érosion. Une rampe quand la pente devient raide.
Raphaël IbarraArchitecte et illustrateur, fondateur de Dessiner Ensemble
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